jeudi 10 septembre 2015

C'est l'histoire d'un petit poussin...

C'est l'histoire d'un petit poussin qui ne voulait pas rester seul. Mais  il avait bien grandi et, pour satisfaire son appétit, ses parents n'avaient que le temps d'aller s'approvisionner en mer, nourrir l'oisillon et repartir vers le large. Le poussin décida d'agir.  Dès que l'adulte s'éloigna de la manchotière,  il le suivit. L'adulte s’arrêta plusieur fois mais le poussin s'obstinait à le suivre. L'adulte finit par se fâcher et retourna vers la manchotière précédé du poussin dont il hâtait la marche en le poussant avec son bec. Le poussin se résigna et finit seul le trajet de retour vers ses congénères.

mercredi 9 septembre 2015

La caravane

La base Concordia, distante d'environ 1 100 km de notre base, est approvisionnée par voie terrestre deux à trois fois au cours de l'été. Ce convoi, surnommé « le raid », est composé d'une dizaine de  personnes qui dorment dans deux caravanes ('Vie' et 'Energie') conçues à cet effet. L'un des chantier de l'hivernage est de rénover l'élément de la caravane qui fournit l'eau et l'électricité. Mais encore faut il le ramener de la station Prud'Homme où il demeure le reste du temps.
C'est ainsi qu'une dameuse et trois engins à chenilles ont parcouru les cinq kilomètres de banquise puis sont revenus avec leur butin. L'élément du raid (en orange) était tracté par les engins à chenilles à une vitesse de l'ordre de 5 km/h.
Maintenant il est solidement arrimé sur la base dans l'attente du début des travaux.

dimanche 6 septembre 2015

Une histoire de piquets

Sur le continent, à environ cinq kilomètres de la base, il y a une station annexe, occupée uniquement en été : la station Prud'Homme. Son rôle, le point de chute du raid qui alimente Concordia, la station de recherche permanente franco-italienne située à un peu plus de 1100 km de notre base.
Pour les glaciologues,  c'est une zone d'étude de  la surface du continent. Et tous les mois, ils en surveille l'évolution en mesurant son épaisseur de neige ou de glace.
Première étape : se rendre sur place en 45 minutes de marche sportive sur une surface alternant la glace vive et la neige tantôt dure, tantôt molle.
Deuxième étape : trouver les 36 piquets plantés dans la glace et en mesurer la partie émergente ainsi que la hauteur de neige adjacente.
Mais attention, il y a piquet et piquet. Chacun est référencé par un numéro et le matériau qui le compose. Il y a des piquets en bois. Ce sont les plus anciens, mais leur inconvénient majeur est de conduire la chaleur et de fausser ainsi la mesure l'été. Il y a des piquets en polycarbonate qui sont fragiles et donc souvent cassés. Et depuis peu, il y a les piquets en bambou avec leur base  en polycarbonate.
Pour plus efficacité nous séparons la zone de mesure en deux et travaillons en binôme, l'un mesurant, l'autre notant. J'ai du mal à évaluer la tâche la plus ingrate : écrire  avec un crayon minuscule et des gants énormes sur la bonne ligne de la bonne page les valeurs dictées par son  binôme ou bien s'agenouiller dans la neige, sortir la sonde puis le mètre et enfin se relever, et cela, 18 fois.
 Troisième étape : le retour en marche toujours aussi sportive pour rentrer avant la nuit.

mardi 1 septembre 2015

Le rocher du débarquement

La période diurne s'allonge. On peut maintenant profiter des belles journées pour planifier des sorties vers des sites éloignés de la base.
Cette fois, c'est l'île du débarquement qui est notre cible, la petite tâche brune, la plus  à gauche de mes camarades. 7,5 km de banquise, c'est plat mais pas monotone. A défaut de montagnes nous avons les bergs, ces gros morceaux de glace qui se sont détachés du glacier et restent prisonniers des glaces.
Certains ont même un nom. Celui là c'est dragon.
Une légère brise soulève un peu de neige mais le soleil brille et nous avançons d'un bon pas.
La base parait minuscule et disparait parfois sous un voile de neige soufflée.

Et voilà l'objectif, l'île du débarquement entourée de bergs dont l'un a pour nom "le bateau".
Dans le cadre du Traité sur l'Antarctique, 4 sites de la Terre Adélie sont répertoriés dans la liste des SMH (Sites et Monuments Historiques) : la base de Port-Martin (SMH n°46), la base Marret (SMH n°47), la Croix Prudhomme (SMH n°48) et le Rocher du débarquement (SMH n°81).
C'est sur ce bout de  rocher battu par les vents et cerné par les icebergs que le navigateur français Jules Dumont d'Urville a débarqué le 21 janvier 1840. Il était parti d'Hobart en Tasmanie 19 jours plus tôt. Son but était d'atteindre le pôle Sud magnétique. Il avait sous ses ordres deux équipages répartis sur deux navires, l'Astrolabe et la Zélée.
Une plaque commémorative a été scellée dans la roche il y a 5 ans. On peut en apercevoir une partie, à nos pieds (sur le bord droit de la photo). La trouver n'est pas si simple. De dimension modeste, elle est vissée en hauteur sur ce gros bloc de granit rose. Pas au sommet , ce serait trop simple, non, légèrement en contrebas. Dénicher cette plaque qui rappelle ce fait historique n'est pas le seul cadeau de cette ascension. Du sommet, la vue y est magnifique : des étendues blanches à perte de vue et des blocs de glace monumentaux dressés au milieu de nulle part.
Il ne reste plus qu'à revenir sur nos pas. Ce n'est pas difficile, c'est tout droit, là-bas, vers cet ensemble de minuscules tâches colorées posées sur un tas de cailloux. Une touche de rouge, une autre de bleu. Et cet énorme nuage de neige soufflée qui stagne au-dessus de la base.
Ce mur de neige finit par nous rejoindre, nous envelopper puis nous abandonner. C'est bref, cinq minutes tout au plus, à avancer, l'échine courbée pour lutter contre le vent, la tête baissée à déchiffrer nos traces de pas laissées à l'aller. Et ce vent glacial, complice de la neige, qui s'infiltre dans le moindre interstice de nos vêtements.
Déjà la base se rapproche. la neige crisse sou chacun de nos pas pesants et laborieux...

lundi 31 août 2015

L'émancipation des poussins

Les poussins grandissent. Ils sont assez grands pour affronter les rigueurs de la banquise et se baladent au sein de la manchotière qu'ils sillonnent en "chantant" afin de signaler leur position à celui qui continue à les nourrir.. Ils tentent encore de retourner sous le repli de peau de l'adulte mais ce refuge est devenu bien étroit.
 Voici une animation qui illustre l'agitation relative de la manchotière :


samedi 29 août 2015

Time-lapse

Les time-lapses sont très en vogue sur la base. Un time-lapse, c'est quoi ? C'est une suite de photos prises à intervalle régulier que l'on assemble pour former une vidéo donnant alors l'impression que le temps est accéléré. Un exemple : c'est la fin de l'après-midi; le vent souffle et chasse la neige tombée la nuit précédente..
Pour télécharger la vidéo et obtenir une meilleure qualité en visualisation directe sur votre ordinateur, cliquez sur le lien suivant : Fin de journée

jeudi 27 août 2015

Un peu de chimie

Sur la base il y a un bâtiment bleu appelé glacio et occupé par deux traqueurs de DMS . En fait de glaciologues, ce sont des chimistes chargés d'étudier le soufre et ses composés dans l'atmosphère. Le DMS est un composé biologique contenant du soufre émis dans l'atmosphère. Ses émissions océaniques sont causées par le phytoplancton, plus précisément sa décomposition. Il est entre autres responsable de la présence d'acide sulfurique, qui a la capacité de former des aérosols qui se comportent comme des noyaux de condensation à l'origine des nuages. Par cette influence sur la formation des nuages, la présence massive de DMS dans l'atmosphère océanique pourrait avoir un impact significatif sur le climat terrestre. 
Ainsi, notre glacio dispose des filtres en divers points de la base. Ils sont reliés à une pompe qui aspire l'air et sont protégés par une cloche, une espèce de cylindre métallique. De ces filtres, il en extrait les impuretés piégées et les analyse.
Le glacio dispose d'un autre piège à DMS, le canister. C'est un récipient en forme de sphère relié à une pompe. Pour effectuer un prélèvement, on opère le vide et on ferme la vanne. Puis une pompe le remplit d'air prélevé à l'extérieur du bâtiment et ce jusqu'à obtenir une pression de quatre bars.
Pour faire ses analyses, le "glacio" commence par séparer les différents composés chimiques.
Puis il mesure leur concentration. Pour se faire il utilise la chromatographie. L'échantillon contenant une ou plusieurs espèces est entraîné par un liquide (de l'eau) à travers un tube; chaque espèce se déplace à une vitesse propre dépendant de ses caractéristiques. Les molécules sortent ainsi de la colonne à différents temps. Les éléments intéressant le laboratoire sont : l'oxalate, le sulfate, le fluor, le brome, le chlore et le nitrate.
Au moment de l'injection, les composés concentrés lors de la première étape partent dans un four à 95°C et arrivent sur une colonne pour séparer le DMS des autres composés non analysés.
En plus du DMS, le "glacio" recherche son produit de dégradation, le DMSO. Ce prélèvement se fait dans une solution d'eau acidifiée et pour l'analyse comme le DMS il doit d'abord le réduire dans un barboteur avec du borohydrure de sodium (NaBH4).
Le DMSO ainsi réduit sera analysé comme le DMS prélevé en canister. Et pour finir, je dois ajouter que cette recherche de composés ioniques dans l'atmosphère se fait non seulement sous forme particulaire (filtres) mais également gazeuse à l'aide de tubes dénudeurs.